
L’Autorité des marchés publics a rendu le 7 mai l’ordonnance 2026-02 dans le dossier du projet SIFA, le futur Système d’information en finances et en approvisionnement du réseau de la santé.
Ce projet vise à remplacer 41 systèmes jugés en fin de vie et à moderniser les fonctions financières et d’approvisionnement dans une grande partie du réseau. Le contrat initial, signé en mars 2024, est évalué à 408,7 millions de dollars.
Le cœur du problème, selon l’AMP, est double. D’un côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux aurait constaté très tôt que le budget de développement était insuffisant, sans corriger la situation. De l’autre, Santé Québec, qui a pris en charge les établissements publics du réseau le 1er décembre 2024, se retrouve aujourd’hui responsable d’un projet dont les coûts ont fortement dérivé et dont l’encadrement aurait été déficient. L’AMP reproche notamment au ministère une sous-implication dans le suivi, l’absence de vérifications adéquates avant la signature du contrat, un transfert prématuré des responsabilités à Santé Québec et une gestion déficiente des fonds publics.
Le dossier est devenu encore plus sensible parce que le projet est suspendu depuis octobre 2025, tout en continuant de générer des coûts de maintien de 723 000 dollars par mois. L’AMP note aussi qu’un contrat additionnel de près de 50 millions serait maintenant jugé nécessaire, notamment parce que Santé Québec estime ne pas avoir assez d’expertise interne pour superviser adéquatement le contractant principal. Plus largement, les coûts de développement, évalués à 96,2 millions en 2022, seraient montés à près de 300 millions en février 2026.
Concrètement, l’ordonnance ne met pas fin au projet, mais elle encadre sévèrement une éventuelle relance. L’AMP ordonne à Santé Québec de mettre en place une gouvernance adaptée, de poursuivre la révision des données financières, d’améliorer ses outils de gestion de projet et d’informer l’AMP de toute reprise contractuelle ou de toute modification de portée. Le ministère, lui, est sommé de transmettre l’information pertinente et d’offrir l’accompagnement nécessaire. Les deux organismes devront aussi soumettre un plan d’action dans les 60 jours suivant une éventuelle autorisation gouvernementale de poursuivre le projet. En clair, l’AMP dit au gouvernement que SIFA peut peut-être repartir, mais pas dans les mêmes conditions qu’avant.
L’enjeu dépasse le simple cadre technique. Comme l’AMP est l’organisme indépendant chargé de surveiller les marchés publics et la saine gestion des fonds publics, son intervention place désormais SIFA dans une catégorie politiquement lourde : celle des grands projets informatiques de l’État qui ne sont plus seulement en retard ou plus coûteux que prévu, mais qui doivent être repris sous surveillance renforcée.